LES EMAUXLes émaux (enamels) offrent de très nombreuses possibilités d’utilisation en lien avec les perles au chalumeau. Je ne vais pas pouvoir les développer toutes ici. Il n’y a que peu de tours de main ou astuces à connaître : c’est l’expérimentation et l’expérience qui vous permettront de les utiliser au mieux. Mais avant de parler technique, tout d’abord une remarque concernant la sécurité : je ne suis pas une fanatique du risque zéro (par exemple, je travaille habituellement sans système de ventilation et sans masque / respirateur) mais là quand même il faut être très prudent. Les émaux se présentent sous forme de poudres ultrafines. Il faut vraiment un respirateur adapté ET un bon système de ventilation pour s’en protéger efficacement. Si vous utilisez des émaux très occasionnellement et sans exposition prolongée, le risque est alors très limité, mais non nul.
En tout état de cause un minimum de précautions doivent impérativement être prises : travailler sur un plan propre, éviter de les saupoudrer, utiliser des boîtes / des containers pour mettre vos émaux et refermer les après usage, et une que vous en avez terminé, nettoyer votre plan de travail avec un chiffon MOUILLE et si possible jetable.
Les particules ultrafines de verre ne se voient pas à l’œil nu et une fois inhalées, elles peuvent blesser vos poumons, et engendrer la constitution d’un tissu cicatriciel. A la longue, cela peut occasionner des problèmes respiratoires voire même dans des cas extrêmes une silicose.
NB. Pour compléter cette mise en garde, il y a un article complet et bien fait de Laura Brito (en anglais) à cette adresse :
http://www.wetcanvas.com/Articles2/9304/280/index.phpUne partie des éléments ci-dessous provient d’un article écrit par Kate Fowle qui est l’artiste américaine pour qui a été développée et testée la série 9000. (NB. C’est aussi une prof. géniale et j’adore ce qu’elle fait).
Il y a plusieurs types d’émaux : pour travailler avec du Moretti / Effetre, il vous faut choisir la série 9000 de chez Thompson enamel. Ils ont été développés exprès et ont un COE de 104 et sont tout à fait compatibles. Attention : ils fondent à une température légèrement inférieure à celle du verre Moretti, donc quand vous mettez à recuire une perle qui en surface à des émaux veillez bien à ce qu’elle ne touche aucune autre perle, sinon elles risquent bien de se coller.
La palette de la série 9000 comporte 32 couleurs opaques et 10 transparentes. Vous pouvez presque toutes les voir sur le lien suivant :
http://www.listen-up.org/kitty/beads/enamel/color%20chart2.htmColoration en surface – application à chaud C’est l’utilisation la plus fréquente que l’on fait des émaux. Pour cela, il faut d’abord réaliser sa perle de base, la chauffer jusqu’à une couleur rouge (donc pas trop chaud) et la rouler doucement dans la poudre d’émaux. Ensuite ramenez tout doucement la perle sous la flamme et faites fondre doucement et progressivement les émaux. Si vous y allez vraiment doucement vous obtiendrez un effet structuré de peau d’orange. Vous pourrez rechercher volontairement cette texture, surtout lorsque vous voudrez peindre votre perle, car la peinture accrochera mieux. (voir ci-dessous l’amphore de Kate Fowle).

Une seule application ne suffit pas si vous souhaitez vraiment avoir une couleur uniforme sur l’ensemble de votre perle. Il faut donc répéter l’opération.
Une couleur non uniforme peut aussi être le résultat recherché, voir ci-dessous les cailloux de Kate Fowle ou encore la déesse de Teresa Laliberté, Lavender creek

Du moment, que vous en avez appliqué une première couche, il faut chauffer avec douceur sinon vous allez faire bouillir vos émaux (rappel : ils fondent à une température légèrement inférieure à celle du Moretti).
Faire bouillir volontairement ces émaux à la surface d’une perle peut créer un effet très intéressant mais pour cela il faut avoir enduit au préalable votre perle de plusieurs couches, de couleurs différentes. L’exemple que j’ai fait n’est pas une réussite mais ça permet de voir quand même l'idée de base.

Vous pouvez également déposer ces émaux sur une grille, ou n’importe quelle surface offrant suffisamment de relief, en roulant votre perle dessus chauffée à l’orangé, sans pression, les émaux vont se déposer dessus selon le dessin de la grille ou de la surface que vous avez choisi.
Enfin si vous avez recouvert votre perle d’une mince couche, une fois recuite vous pourrez la graver, et révéler ainsi la couleur qui se cachait dessous. Pour cette technique, l’effet ressortira d’autant mieux si les couleurs offrent un contraste important.
Coloration en surface – application à froid Vous pouvez aussi les utiliser à froid sur une perle avec un liant (celui que je connais s’appelle Klyrfire, mais je suis sûre qu’on doit pouvoir trouver un produit de remplacement en Europe) que vous appliquez directement sur la perle selon le design que vous voulez. NB. Le liant peut être à base d’eau ou d’huile. Vous roulez ensuite la perle dans vos émaux qui vont adhérer au liant et vous laissez séchez. Ensuite vous devez la recuire à une température plus élevée que la température de recuisson normale, pour pouvoir la repasser ensuite à la flamme et faire fondre les émaux que vous y avez appliqués. Ensuite recuisez la perle normalement, Le dessin ainsi formé est définitivement fixé à votre perle. NB. Comme pour la « peinture », mentionnée ci-dessous, il semble possible de ne pas repasser la perle dans la flamme pour autant que vous la mainteniez pendant 20 minutes dans un four à 620 C, ensuite vous la ramenez à la température de recuisson pendant une heure et ensuite terminez le cycle de recuisson comme d’habitude (mais je n’ai pas testé).
Vous pouvez aussi mélanger ce liant aux émaux pour en faire une « pâte » que vous utiliserez ensuite comme une peinture plus ou moins épaisse que vous laisserez sécher avant de repasser la perle au four, puis à la flamme et ensuite il faudra faire subir à la perle une nouvelle recuisson. Il existe des peintures de ce type déjà prémélangée. Vous pouvez peindre toute la surface d'une perle ou peindre seulement quelques détails, comme sur une autre perle de Teresa:
Colorer du verre dans la masse Vous pouvez mélanger les émaux à votre verre, notamment au noir, pour le rendre plus noir (plus dense, il sera moins violet lorsqu’étiré en fils fins), ou encore pour intensifier du rose. Attention il vous faudra l’enrober pour obtenir un trait bien net. Vous pouvez naturellement tester plein d’autres mélanges pour développer votre palette de couleur.
LES BRIS DE VERRE J’ai trouvé une expression pour traduire « fritt » mais c’est une expression du terroir helvétique : lorsqu’on a casse du verre en menu morceaux, on parle de « briques de verre ». C’est déjà mieux que frit mais les puristes devraient pouvoir trouver mieux. En attendant, j’adopte « bris ».
Donc les bris de verre existent en différentes tailles, en qualités diverses et de types divers.
Si l’on trouve maintenant des bris de Moretti, les plus couramment utilisés sont des bris de Kugler ou Reichenbach qui sont des verres utilisés par les souffleurs, avec des pigments très intenses et qui ont un coefficient d’expansion de 96, donc inférieur à celui de Moretti, Mais, pour ces verres-là, plus plastiques en raison des métaux qu’ils contiennent, vous pouvez les utiliser à condition de ne pas dépasser un ratio de 15% par rapport à la masse de verre utilisée pour votre perle ; dans ce cas, vous ne devriez pas avoir de problème.
Les effets métallisésCertains de ces bris ont des propriétés intéressantes selon leur type. Tout d’abord, les bris à effets métallisés, c’est-à-dire que sous l’effet d’une flamme réductrice, ils vont présenter un effet métallisé, cuivré, argenté ou doré. La façon la plus courante de les utiliser est de les agglomérer au bout d’une baguette à l’aide de la flamme jusqu'à en former une boule, puis d’en tirer un fil. Il est plus facile de démarrer avec un gros fragment de la taille d’une noisette, attention aux chocs thermiques au moment de l’introduction dans la flamme. Ci-dessous un exemple d’application sous forme de fil / serpentin (Corina Tettinger) ou de points (Larry Scott). Les serpentins sont faits avec du silver blue et les points avec de l'iris gold.
Le "raku"Enfin, le « raku », de son vrai nom Iris orange de Reichenbach. C’est un verre sensible à une flamme réductrice, mais ce n’est pas à cet effet que l’on s’intéresse ici. C’est au fait que la couleur de ce verre change selon la température à laquelle vous le travailler. Si vous travaillez « normalement » vous obtiendrez des beiges. Si vous le surchauffez, jusqu’à lui faire à un niveau de chaleur jaune / blanc, et que vous le refroidissez brusquement contre un objet froid (une presse, une palette graphite, vous obtenez des bleus, des verts, des roses et des violets. Il faut parfois chauffer-refroidir, chauffer-refroidir plusieurs fois avant d’obtenir le résultat souhaité. La 1ère perle montre un résultat du raku sans véritable surchauffe ni refroidissement, c’est-à-dire son état naturel. La 2ème est un essai que j’ai réalisés hier soir, et comme vous pourrez le voir j’ai du mal à sortir des roses et des violets (merci de ne pas faire attention ni à la qualité de la photo, ni à celle de la perle, c'est du rapide). Du coup j’ai rajouté un exemple de perles abouties par Dawn Scannell de Art Insomnia.

Un truc m’a été utile pour savoir si des couleurs commencent à se développer : lorsque vous surchauffer et refroidissez la surface de la perle, si le raku semble disparaître c’est bon signe, il ne reste pas qu’à flasher la perle dans la flamme pour réveiller les couleurs qui ont été ainsi « forcées ». Vous aurez alors de bonne surprise à la sortie du four. Vous pouvez chauffer la perle sans problème mais pas trop quand même sinon vous repartirez dans les beiges et tout sera à recommencer. Certains disent avoir obtenir de bons résultats en terminant leur perle par un enrobage. Je n’ai pas vu de différence, mais à vous d’essayer et de voir ce qui fonctionne le mieux pour vous. C’est un verre très fun… A essayer au moins une fois.